Féerie pour |
Céline a
commencé la rédaction du premier volet de Féerie pour une autre fois en 1945.
L'ensemble du roman (en incluant le second volet, publié à part sous le titre Normance) n'a été terminé que neuf ans plus
tard, en 1954. Féerie 1 a en grande partie été rédigé en prison, lors de l'exil
danois de l'écrivain. Pour mener ce projet à terme, il abandonne la seconde partie
de Guignol's band entamée quelques temps plus
tôt et se consacre tout entier à cette chronique des années 44/45.
Du Danemark, Céline renoue à partir de 1947 des contacts avec ses
amis de Montmartre, et notamment Gen Paul, afin de
se replonger dans la langue et l'univers parisien. Il se fait envoyer un plan de Paris et
une grammaire française par Marie Canavaggia.
En février 1950, il prend la décision de publier la première partie de Féerie,
sans que l'ensemble du roman ne soit encore mis au point, pour d'évidentes raisons
financières mais aussi pour renouer avec le public français. Pierre Monnier, son éditeur, hésite et propose à
Céline de publier cette partie du roman en différentes livraisons. Entre temps, l'écrivain
bénéficie d'une mesure d'amnistie et rentre en France. Le contrat signé avec Gallimard le 18 juillet 1951 permet à Féerie 1
de sortir en librairie en juin 1952.
La critique observe un silence quasi-général lors de la publication de cette première partie. Les ventes sont très mauvaises et Céline, qui avait espéré regagner les faveurs de son public avec ce roman, se sent plus que jamais écarté du monde des lettres... Il est vrai que ce roman est l'un des plus difficiles à lire pour un novice, mais qu'il présente tout le talent littéraire de Céline. La musique et la prose sont étroitement mêlées, pour former une indiscutable harmonie...
L'ensemble
des versions successives de Féerie pour une autre fois sont rassemblées dans
l'édition de la " Bibliothèque de la Pléiade " : 1ère esquisse de Féerie,
versions A, B (publiée partiellement sous le titre Maudits soupirs pour une autre
fois) et B'.
"Voici Clémence Arlon. Nous avons le même âge, à peu près... Quelle drôle de visite ! En ce moment... Non, ce n'est pas drôle... Elle est venue malgré les alertes, les pannes de métro, les rues barrées... et de si loin !... de Vanves... Clémence vient presque jamais me voir... son mari non plus, Marcel... elle est pas venue seule, son fils l'accompagne, Pierre... Elle est assise, là, devant ma table, son fils reste debout, le dos au mur. Il préfère me regarder de biais. C'est une visite embarassée..."