Rigodon
Rigodon constitue l'ultime roman de Céline que
beaucoup nomment encore son "testament littéraire". C'est le 1er juillet 1961
que l'écrivain en achève la rédaction définitive, sans toutefois avoir eu le temps de
le recopier au net. La veille, Céline écrit à Gaston Gallimard : " Je crois
qu'il va être temps de nous lier par un autre contrat, pour mon prochain roman
"RIGODON"... dans les termes du précédent sauf la somme - 1 500 NF au lieu de
1 000 - sinon je loue, moi aussi, un tracteur et vais défoncer la NRF, et pars saboter
tous les bachots !" (30 juin 1961). Dans une lettre à Nimier datée du même
jour, Céline soumet un projet de bandeau publicitaire à insérer sur l'ouvrage : "Vous
savez que je cogite très lentement mais des années d'avance déjà la bande : Par-ci
! vite ! Par-là ! " Rappelons que le rigodon est une danse à deux temps...
D'abord titré "Colin-maillard", Rigodon n'a
pourtant pas été travaillé autant que les deux premiers volumes de la trilogie. Il
semble que Céline, sentant la fin approcher, en ait volontairement précipité
l'écriture et la clôture. Ainsi, l'écrivain aura passé 18 mois sur ce texte et
quelques imperfections de la version publiée permettent d'étayer cette hypothèse.
Certains passages sont en effet doublés, des contradictions apparaissent parfois. Il est
indiscutable que Céline a volontairement réduit l'ampleur de son projet initial.
Rigodon
est publié en février 1969, soit plus de sept ans après la mort de l'écrivain. Lucette
Destouches, Maître Damien et Maître Gibault, effectuent le difficile travail de
déchiffrement du manuscrit non recopié laissé par Céline. Ce roman est le second (et
dernier) à être publié à titre posthume, après la suite de Guignol's band en
1964. En 1969, un travail de recherche sur l'écrivain
est déjà largement entamé, les deux
numéros des Cahiers de l'Herne consacrés à Céline sont respectivement parus
en 1963 et 1965 et les milieux universitaires se penchent de près sur le cas Céline. Rigodon
arrive donc durant une période "d'accalmie". Pourtant, les critiques du roman
le situent largement en-dessous des deux autres volumes de la trilogie.
L'action du roman débute là où celle de Nord avait été stoppée, et fait vivre au lecteur la traversée d'une Allemagne dévastée, de Berlin à Sigmaringen (où l'on pourrait glisser l'action de D'un château l'autre), de Hambourg à Copenhague, en compagnie de Lucette, Bébert et Ferdinand...
" Je vois bien que Poulet me boude... Poulet Robert condamné à mort... il parle plus de moi dans ses rubriques... autrefois j'étais le grand ceci... l'incomparable cela... maintenant à peine un petit mot accidentel assez méprisant. Je sais d'où ça vient, qu'on s'est engueulé... à la fin il m'emmerdait à tourner autour du pot !... vous êtes sûr que vos convictions ne vous ramènent pas à Dieu !"
Comment fut écrit Rigodon :
Entretien entre Lucette Destouches
et Philippe Djian (Février 1969)