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Critique reprise dans Le Bulletin célinien (n°208) :
* Charles PLISNIER : Bagatelles
pour un massacre, un livre génial et malfaisant [1938]
" Je me demande avec inquiétude ce qui va arriver après Bagatelles pour un massacre, qui n'est d'ailleurs pas un roman. Je pense que c'est M. Céline qui va se faire massacrer, car il y mène le plus cruel, le plus terrible assaut qu'un Français ait mené contre le communisme et contre les juifs."
Bagatelles pour un massacre, La Flamme, 22 janvier 1938.
" Quant à la question même du sémitisme, elle n'est pas effleurée. S'il fallait voir dans Bagatelles pour un massacre autre chose qu'un jeu, Céline, en dépit de tout son génie, serait sans excuse de remuer les passions banales avec ce cynisme et cette désinvolte légèreté."
André Gide, "Les juifs, Céline et Maritain", NRF n°295, 1er avril 1938.
" Voici de la belle haine bien nette, bien propre, de la bonne violence à manches relevées, à bras raccourcis, du pavé levé à plein biceps ! [...] C'est une barricade individuelle, avec, au sommet, un homme libre qui gueule, magnifiquement... "
" Lettres ou pas lettres. Bagatelles pour un massacre", Le canard enchaîné, 12 janvier 1938.
" Il ne serait pas impossible que Céline fût une sorte de déséquilibré, habité par un étrange génie de l'ordure. Mais je voudrais bien savoir ce qui est en équilibre chez nous, et comment nous pourrions retrouver cet équilibre, aussi longtemps que durera sur cette terre le règne monstrueux et multiforme, insolent ou secret d'Israël. [...] Pour des années démentes, est-il meilleur peintre qu'un fou ?"
" Bagatelles pour un massacre ", Je suis partout, 21 janvier 1938.
" C'est quand même un peu trop facile, à la fin, de classer
les gens en "bons" et en "mauvais" selon qu'ils bénissent Israël ou
qu'ils n'aiment pas Staline.
Et l'on devrait faire un effort pour comprendre que l'on peut aimer Céline, et tenir Bagatelles
pour un massacre pour un grand bouquin sans être le moins du monde antisémite.
Simplement parce que l'invective y est douée d'une puissance explosive, et qu'y éclate
un mépris des hommes, juifs et non-juifs, qu'il devient de plus en plus malaisé de ne
pas partager."
Gaston Derycke, Le rouge et le noir, 2 février 1938.
"Il y a un livre dont on ne dira pas un mot à la radio. Il y a un livre dont les journaux bien-pensants ne parleront pas, ou bien auquel ils feront allusion en termes distingués et réprobateurs. [...] C'est l'énorme volume du célèbre auteur du Voyage au bout de la nuit, c'est Bagatelles pour un massacre. Avouons-le tout net : on peut s'en choquer, on peut s'en fatiguer, on peut le déclarer illisible ou idiot, il est impossible qu'un Français né Français n'en lise pas au moins quelques pages avec soulagement. Pour ma part, qui ne suis ni admirateur forcené de M. Céline (Mort à crédit m'avait fort ennuyé), ni buveur de sang, ni même terriblement passionné d'antisémitisme, je dois dire que tout d'abord, je me suis royalement amusé. Et c'est la grâce que je vous souhaite."
Robert Brasillach, "L.-F. Céline : Bagatelles pour un massacre". L'action française, 13 janvier 1938.
" Moi qui ne suis pas juif, et parce que je ne suis pas juif, j'ai honte
d'appartenir à la même espèce animale que de pareils abrutis [Céline].
J'ai honte d'être un bipède redressé sur les pattes de derrière au même titre que les
Hitler, les Mussolini, les Gohier et les Céline, à qui les déficiences sexuelles et les
paralysies menaçantes inspirent ces déshonorants cafouillages et qui nous proposent de
nous sauver d'un mal qu'eux seuls nous donnent par des protections, qui même si elles
étaient nécessires, seraient contraires à la plus élémentaire des dignités."
Philippe Lamour, Le droit de vivre, 22 février 1938.
"J'ai été un défenseur du Céline du Voyage au bout de la
nuit. Tant d'exaspération à cause de la bassesse du monde moderne, où tous vivent
comme poissons dans l'eau, tant d'écorchures, de blessures, n'indiquaient-elles pas chez
l'auteur de nobles inspirations ?
Des doutes m'ont assailli à la lecture de Mort à crédit, doutes sur sa
probité professionnelle, provoqués par des artifices trop grossiers, certitudes sur sa
réelle infamie, devant le portrait qu'il avait fait de sa mère.
Aujourd'hui, sans nier le talent de l'écrivain, je me vois obligé, à cause de son
dernier livre, Bagatelles pour un massacre, de juger l'homme avec moins
d'indulgence.
Il est sincère, sans doute, mais à la manière allemande ou russe : on se frappe la
poitrine, on étale ses vices, on se condamne au besoin, tels les accusés des
procès de Moscou, on en rajoute mais, à la prochaine occasion, on recommence avec
le même ravissement ou la même horreur sacrée.
Ces confessions permettent à des virtuoses de l'art quelques tableaux réussis.
L'esthétisme y trouve sa part, non l'éthique. Céline se complaît aux vices, se
complaît à leur description, et décrit avec une complaisance encore accrue l'ignominie
de ses propres descriptions. Cette activité, qui tourne en cercle, relève de la
décadence artistique, et éthique, de l'impuissance humaine.
[...]
Quand on hait réellement un Juif réel, on n'appelle pas les autres au massacre. On
y va soi-même. La haine, comme l'amour, quand ils sont authentiques, acceptent tous les
risques. Si Céline pousse au massacre des Juifs sans frapper lui-même, c'est donc qu'il
ne les haït point assez, ou qu'il est un lâche, ou qu'on se trouve en présence du
jaillissement iressponsable d'une âme malade vers un fantôme."
Georges Zérapha, "Le cauchemar du hibou. A propos de Bagatelles pour un massacre de L.-F. Céline", La conscience des Juifs, Février-Mars 1938.
" [...] Bagatelles pour un massacre est un fourre-tout où l'auteur accumule brutalement ses haines et ses rancunes personnelles, en étiquetant sans la moindre distinction "JUIF" toutes les pièces de ce pêle-mêle intarissable."
René Vincent, Les aveux du Juif Céline, Combat, mars 1938.